« Faire son deuil » en 5 étapes... Pas forcément !

Dernière mise à jour : sept. 15

Dans le Larousse, le mot « deuil » désigne à la fois la mort d’une personne proche mais également le processus psychique mis en œuvre par le sujet à la perte d’un « objet » d’amour externe. Entendons donc par objet tout élément de sa vie que le sujet peut penser vital pour lui.


« Faire son deuil » est aujourd’hui une expression courante qui est employée au sens littéral pour désigner la (di)gestion émotionnelle de la mort d’un proche mais également par extension de tous les événements évoquant un sentiment de perte : l’échec d’un projet, la fin d’une période de sa vie ou d’une relation affective, un licenciement…

Le processus de deuil est un processus actif, même si la personne qui le vit peut sembler éteinte ou abattue par la perte, d’où l’idée de « faire » son deuil.



Vous avez peut-être déjà entendu parler des 5 étapes du deuil que toute personne endeuillée traverserait de manière incontournable et linéaire après le choc de l’annonce : le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l’acceptation. Une fois ces étapes bien distinctes traversées une par une, dans l'ordre, le deuil serait fait, la douleur ne serait plus qu’un vague pincement et la vie reprendrait son cours, tout simplement.


C’est sans tenir compte de la complexité et l’unicité du psychisme de chaque individu !


Considérons d’abord le deuil dans son expression la plus intense : le deuil d’un être proche (ou parfois d’un animal de compagnie).

Le deuil est alors en premier lieu lié à la mort de cet être pour lequel la personne a des liens d’affect importants. Plus ils sont importants, plus la souffrance liée à la disparition est grande. La force du lien conditionne donc l’intensité de la douleur ressentie.

Le choc de l’annonce quant à lui peut parfois véritablement faire trauma, en fonction des circonstances de la mort (violente, brutale et/ou incompréhensible).

Ces liens d’affect peuvent aussi susciter des sentiments contradictoires forts liés au vécu partagé avec la personne décédée lorsque celui-ci a été compliqué. Tout autant qu’un amour incontestable, l’opposition forte entre sentiments positifs et négatifs peut venir alourdir le processus de deuil.


Les 5 étapes du deuil telles qu’évoquées plus haut ont été mises en évidence en 1969 par les recherches de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. Cette psychiatre étudiait alors les étapes que traverse une personne qui vient d’apprendre qu’elle souffre d’une maladie incurable et mortelle, ce qui correspond à une configuration spécifique de l’appréhension de sa propre mort.

C’est assez différent de l’appréhension de la mort d’un autre !

Une fois le choc de l’annonce passé, Elisabeth Kübler-Ross a effectivement observé d’abord une phase de déni (« non ce n’est pas vrai ») puis une phase de colère (« C’est injuste, c’est de la faute de… »), rapidement suivie par une phase de marchandage (« Si je fais ou pense ça, alors l’idée de la perte est moins réelle/je peux repousser l’échéance »), ensuite une phase de dépression (« Je ne pourrais jamais m’en remettre, ou vivre avec ») pour finir avec la phase d’acceptation (« J’accepte que cela soit, je reprends les rênes de la vie qui me reste ») qui permet un nouvel élan de reconstruction.


Ce « modèle », qu’elle-même n’a pas vraiment considéré comme tel, a donc été quelque peu détourné du sujet premier et répandu de manière vulgarisée, finalement erronée, sur le deuil en général.


Or nous savons aujourd’hui qu’en cas de deuil, chaque personne va réagir avec ses propres mécanismes et selon sa propre temporalité.

Confronté à un deuil nous pouvons effectivement vivre certaines de ces 5 étapes citées précédemment, rarement les 5 et le plus souvent dans un ordre aléatoire. Certaines personnes peuvent rester longtemps « figées » sur la colère, d’autres sur la dépression, certaines ne connaîtront ni déni, ni marchandage.

Nous pouvons également ne pas manifester d’étapes distinctes d’adaptation à la perte d’un proche, les mois/années peuvent passer sans pouvoir identifier clairement différents états émotionnels, jusqu’au moment où la perte est (di)gérée.

Il est donc très important de considérer le deuil comme un processus psychique subjectif où la temporalité et la singularité ont toute leur place. Il va dépendre des capacités de résilience de la personne, de sa personnalité, du contexte et du rapport entretenu avec l’objet de la perte. Il peut durer des mois, voire des années.


Il n'y a pas de deuil type.


Que ce soit lorsqu’on est soi-même confronté au deuil d’un proche ou quand on souhaite soutenir quelqu’un qui est dans cette situation, l’écoute, l’indulgence et la patience sont indispensables pour vivre ou soutenir ce processus de deuil, dans le respect de soi ou de la personne concernée.



Quand la souffrance impacte lourdement le quotidien et/ou l’état de détresse intense perdure mois après mois, ou au contraire quand les seules manifestations sont l’indifférence et l’absence d’émotions à long terme, la vigilance est de mise.

Cela peut être le signe d’un deuil dit « pathologique », identifié en général après un an de deuil compliqué où l’on constate l’émergence et la persistance de troubles psychologiques tels qu’une dépression, un trouble anxieux, l’émergence d’une addiction, des conduites à risque ou des idées suicidaires..., qui altèrent significativement la qualité de vie de la personne endeuillée.


Dans ce cas-là, un accompagnement psychologique est indispensable pour faciliter le travail de deuil.

Cet accompagnement peut bien sûr être débuté également dès les premiers temps, pour aider à poser des mots sur la douleur et accompagner au mieux le processus de deuil.


Les actions qui participent au travail de deuil :

  • Identifier et mettre en mots ses émotions autant que nécessaire pour réaménager sa souffrance est essentiel, sans craindre de gêner, de déranger, de s’apitoyer et d’être jugé.

  • Partager autant que possible la perte avec ses proches, notamment ceux qui vivent ce deuil avec vous peut permettre de vous sentir moins isolé, quand ils sont réceptifs.

  • La « répétition » (évocations renouvelées des circonstances de la perte, de ce qu’on éprouve, de notre vision de l’être qui nous manque/objet de la perte, de la manière dont on envisage la vie sans) est un élément majeur pour un travail de deuil efficace. Bénéficier d’un espace personnel dédié, associé à la neutralité bienveillante et aux compétences d’un professionnel offre cette liberté quand on est isolé ou quand il est trop compliqué de se tourner vers ses proches.

  • Mettre en place des rituels de mémoire pour entretenir et réaménager le lien avec l’être disparu (allumer une bougie, lui parler dans son cœur, planter un arbre, porter un objet lui ayant appartenu…) participent sainement au travail de deuil, surtout quand il y a eu impossibilité d’assister aux obsèques. Les rituels disparaîtront progressivement le long du processus de deuil.

  • Ecrire ses émotions quelles qu'elles soient, ses pensées, ses souvenirs... sans se censurer peut également beaucoup aider.


Au-delà de la perte d’un être cher, il arrive de subir de manière brutale, violente et/ou injuste la perte d’une composante de sa vie qui semble insurmontable : un travail, la possibilité d’avoir un enfant, son logement, une rupture amoureuse…

En fonction de la souffrance engendrée, il sera psychiquement nécessaire d’entamer un travail de deuil tel qu'il est décrit plus haut et éventuellement se faire accompagner, pour dépasser cette perte et trouver l’énergie de se relancer dans le processus créatif de sa vie.


N’oubliez pas : une fois que la souffrance s’atténue, elle laisse toujours place au renouveau !



A bientôt !

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